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Article du vendredi 4 juin 2021 – TEMPS de Richard Etienne.

 

Dans la marmite d’hydrogène

STÉPHANE AVER

Il a inventé des canettes énergétiques dont la production industrielle commence cet été.
Le Genevois a misé sur ce secteur bien avant les autres, et il commence à en récolter les fruits. 

Dans l’hydrogène, il est un acteur clé. Et l’hydrogène, c’est l’énergie qui monte, celle qui promet de jouer un rôle fondamental dans la transition énergétique si elle est produite de façon respectueuse de la planète ou extraite à l’état naturel. Stéphane Aver participe cette semaine à un congrès sur l’hydrogène naturel, cet élément qui doit offrir une alternative verte aux énergies fossiles.

«On a découvert en 2008 que l’hydrogène était présent à l’état naturel sur la planète, or c’est l’élément qui a la plus forte densité énergétique et il permet de stocker l’électricité», relevait-il fin mai lors d’une rencontre avec Le Temps à Genève. «C’est le nouveau pétrole.»

Stéphane Aver et ses équipes, réunies dans deux entreprises principales à Genève, Aaqius et Stor-H Technologies, ont trouvé un moyen de stocker l’hydrogène à l’état solide et sans pression dans une cartouche rechargeable en forme de canette, baptisée Stor-H, qu’on insère dans des véhicules. Une invention présentée à la COP21, à Paris en 2015, qui fait des émules en Chine et qui va se déployer dans le canton. Le groupe Jean Gallay, un partenaire genevois, a entamé une production industrielle des capsules en juin. Cette énergie commencera par propulser des triporteurs du groupe ABB, à Satigny (GE). Le résultat d’un long parcours.

Innover dans l’énergie
Stéphane Aver a cru tôt en l’hydrogène, au début des années 2000, à une époque où l’industrie misait sur les batteries au lithium, l’éolien et le solaire. Rien ne prédestinait ce Genevois d’origine bernoise à tomber dans cette marmite. Il grandit à Paris avec son frère; sa mère était psychanalyste, son père architecte. Il vit aussi chez sa tante à Saignelégier (JU) et passe du temps en famille entre Bâle, Neuchâtel et Evian avant d’entamer une formation bancaire à la Sorbonne. Un cursus qui l’amène à la banque Rothschild.

Cette expérience lui sert de tremplin vers le monde de l’énergie, dans la conjoncture morose des années 1990 et de ses restructurations. Le consultant accompagne des mastodontes de la mobilité en France, du groupe PSA à Ecia, l’ancêtre de l’équipementier automobile Faurecia. Son approche, par le biais d’Aver Conseils, une société qu’il crée en 1992 à Paris, consiste à standardiser des processus industriels pour permettre une production massive à moindre coût. Un chablon dont il s’inspire aujourd’hui avec l’hydrogène: Stor-H se veut un standard répliquable à grande échelle. En 2007, il vend Aver Conseils. «Je voulais arrêter le métier d’accompagnement, j’avais fait le tour»,
dit-il.

 

Stéphane Aver veut se consacrer à une société qu’il a fondée l’année précédente à Genève. Aaqius – un nom inspiré du latin, qui évoque l’eau – vise à innover dans l’énergie et à ériger des standards par le biais de partenariats, un modèle d’affaires qui doit lui préserver son indépendance. Ses clients figurent surtout dans le monde automobile.
L’entreprise recense aujourd’hui une trentaine d’employés, des ingénieurs et des scientifiques, et elle peut se prévaloir d’un grand succès: Adblue. Cette solution aqueuse et biodégradable, installée pour la première fois sur un véhicule en 2008, permet de convertir la plupart des oxydes d’azote des gaz d’échappement des moteurs diesel en diazote et vapeur d’eau. On la trouve désormais sur la plupart des voitures.

Aaqius a aussi développé une cartouche de stockage d’ammoniac qu’on peut recharger de façon infinie et qui inspirera les canettes Stor-H. «Aujourd’hui, Aaqius a fait sa transition énergétique», indique son actionnaire historique et majoritaire. Elle a noué des partenariats, en Asie notamment. Censtar, le plus grand fournisseur de stations-service en Chine, construit des stations de recharge pour Stor-H. Les véhicules utilitaires de l’aéroport de Dubaï carburent à ces cartouches.

«Stéphane est dynamique, il a un bon réseau et il obtient des résultats, ce qui n’est pas évident pour une start-up, surtout avec le covid», estime Thierry Lassus, directeur d’ABB Power Grids à Genève. «Stor-H a un gros potentiel et les équipes qui s’en chargent ont de l’expérience.» La vingtaine d’employés de Stor-H va d’ailleurs emménager chez ABB.

Son associé, Michael Levy, évoque «un passionné qui voit les angles morts avant les autres». Quelqu’un qui veut «innover au service d’un monde meilleur tout en étant rentable. Il a quelque chose du Elon Musk de l’hydrogène car il fait bouger les lignes, il fédère, il a le sens de l’humour, de l’esthétique et il inspire», dit-il.

«Un travail incroyable»
«Aaqius et Stéphane Aver font un travail incroyable pour pérenniser l’infrastructure hydrogène de la Suisse. Stor-H a reçu le label Solar Impulse Efficient Solution en 2019. Elle permet aux villes d’offrir une infrastructure hydrogène à leurs citoyens sans faire d’énormes investissements», estime Bertrand Piccard, le président de la Fondation Solar Impulse.

«La force de l’hydrogène, c’est qu’on peut la fabriquer localement, créer une économie circulaire», souligne Stéphane Aver. Les triporteurs d’ABB seront équipés d’une pile à combustible qui sera construite par l’entreprise vaudoise EH Group.

Fin de l’histoire? Le début plutôt, Stor-H va bénéficier cet été d’un deuxième tour de financement, de 10 millions de francs, auprès d’investisseurs suisses, et, en mars, Stéphane Aver a créé une société à Genève, Hynat. Cette antenne se spécialise dans la recherche et l’exploitation de gisements d’hydrogène naturel.